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Gobeil: Trilogie d’ondes

Électro

Mercredi 2 mars 2005 21h15

  • Là où vont les nuages… de Gilles Gobeil

À propos de la Trilogie d’ondes

L’œuvre musicale de Gilles Gobeil s’est caractérisée jusqu’à maintenant par une esthétique de la rupture où de grands gestes musicaux s’élaborent jusqu’à leur acmé pour se fracasser aussitôt dans le silence. Il s’agit d’une façon musicale d’être, de respirer, une marque naturelle, un style, reconnaissable entre tous et par conséquent, beaucoup plus qu’une manière. À ce titre la Trilogie d’ondes porte la marque de l’enracinement profond de cet état de fait dans la pensée musicale du compositeur.

Le timbre électronique et la résonance acoustique des ondes Martenot épousent parfaitement le matériau sonore de la bande électroacoustique et en font donc une «œuvre mixte» complexe et riche. Par moments le son se confond presque à celui de la bande, mais ailleurs les ondes se démarquent de la masse sonore soit par l’expressivité de certaines interventions mélodiques, soit par le contraste entre l’immatérialité du timbre et la complexité colorée des matériaux de la bande. Ici, Gilles Gobeil a choisi le plus souvent de faire appel à la justesse expressive de l’interprète plutôt qu’à sa seule virtuosité.

Parmi les différentes interventions des ondes, deux thèmes se détachent et sous-tendent toute la structure; le «thème de l’arrachement» toujours très imbriqué à la bande et matérialisé par un long glissando ascendant et le «thème cellule» — ou «thème de l’âme» —, cellule de quatre notes voisines et détempérées les unes par rapport aux autres.

1

Voix blanche (1988-99) 12m58s

Dès le début du mouvement, on reconnaît le thème de l’arrachement avec sa lente montée dramatique. Vers le milieu émerge le thème de l’âme très legato. Après son long déroulement, il se présentera d’une façon plus épelée que linéaire, forme qui deviendra définitive pour les deux autres volets de la trilogie. Porté par une fine poésie, c’est le mouvement le plus lyrique du cycle.

2

Là où vont les nuages… (1990-1) 11m20s

Dans ce mouvement, on utilise une technique différente. Les ondes agissent presque toujours comme déclencheurs d’éléments sonores préenregistrés qui se juxtaposent au jeu de l’ondiste. A travers les diverses interventions des ondes, les deux thèmes précités se retrouvent ainsi transformés et alors plus évocateurs du voyage. C’est un mouvement empreint de vitalité, ludique, où les masses sonores se construisent et se déconstruisent quelquefois d’une façon vertigineuse.

3

La perle et l’oubli (1999-2002)

Inspirée d’un texte initiatique apocryphe du deuxième siècle, cette pièce est composée de douze séquences dont six sont presque autant de variations sur la cellule «thème de l’âme» aux ondes. Dans ce mouvement les ondes personnifient l’âme dans son périple d’incarnation. La coda finale ramène les deux thèmes de l’arrachement et de l’âme. Celui-ci, une dernière fois modifié, clôt l’œuvre dans le grave; sa quatrième note absente semble alors rayonner dans la sombre aura de la dernière note jouée.

Notes sur les ondes Martenot

Maurice Martenot, violoncelliste de formation et radiotélégraphiste pour l’armée française pendant la première guerre mondiale (1914-18), fut séduit par la vibration électronique mobile et très pure des nouvelles lampes triodes avec lesquelles il travaillait. À l’instar de plusieurs autres chercheurs de cette époque, dont, entre autres, Lee de Forest, l’inventeur de la lampe triode et son instrument, l’audion, de l’allemand Mager, du russe Theremine et son instrument éponyme, de Trautwein et son trautonium pour lequel composera Hindemith, Maurice Martenot s’affaire autour de ce son électronique nouvellement apparu dans le monde. Il cherche à en faire la base d’un véritable instrument de musique pouvant répondre à la plus fine intention expressive d’un musicien.

Jusqu’à sa mort en 1980, Maurice Martenot s’emploiera inlassablement à perfectionner ses ondes. En effet, quel chemin parcouru depuis le premier instrument de 1928, avec son jeu à distance, un peu comme le thérémine, et l’instrument transistorisé actuel! À travers ces transformations, l’instrument, toujours monodique, s’additionnera de résonateurs acoustiques et sera pourvu de deux modes de jeu: l’un à la bague, qui permet de multiples possibilités de glissandi et l’autre au clavier, qui se prête à une plus grande virtuosité. La main droite définit les hauteurs et le vibrato tandis que la gauche, à l’aide d’une touche, façonne les nuances, les attaques, les phrasés et manipule les onglets des timbres.

D’autres instruments électroniques ont été créés par la suite et sont omniprésents dans notre univers musical actuel. Le martenot s’en distingue par une approche sensorielle intimement liée au système nerveux de l’interprète et capable de répondre par sa plasticité à sa moindre intention musicale. On le considère souvent comme l’ancêtre de ceux-ci, mais il en serait plutôt le confrère un peu marginal: l’esprit dans lequel il a été créé le rattacherait davantage à la grande lutherie traditionnelle. C’est sans doute ce qui explique qu’il ait traversé résolument tout le vingtième siècle et que les musiciens d’aujourd’hui composent toujours pour lui. Après quatre-vingts ans de présence et fort d’un répertoire riche et abondant, il fait indubitablement partie intégrante de l’histoire de la musique.

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Je tiens à remercier Gilles Gobeil pour la Trilogie d’ondes, œuvre inspirée et magnifique qui d’une part enrichit le répertoire des ondes d’un apport musical incontestable et d’autre part contribue à créer cette couleur si particulière de la musique électroacoustique d’ici. Merci au Conseil des arts du Canada pour son soutien financier.

—Suzanne Bient-Audet

Programme

  • Gilles Gobeil, Point de passage (1997) 11m46s
  • Gilles Gobeil, Voix blanche (1988-99) 13min02s
  • Gilles Gobeil, Là où vont les nuages… (1990-91) 11m20s
  • Gilles Gobeil, La perle et l’oubli (1999-02) 21m17s

Trilogie d’ondes est produit avec l’aide du Conseil des arts du Canada, du Conseil des arts et des lettres du Québec, de Patrimoine canadien, et du Conseil des arts de Montréal.

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